La rue, en toutes saisons

Ce dimanche çà sent l’été les vacances, après une semaine et des mois où les sons de la rue se sont fait entendre avec plus ou moins de force, à Strasbourg et Ailleurs.

La rue était à la fête ce jeudi 21 juin, avec la musique sur les places, dans les rues du centre, sons bariolés, sons classiques, ethniques, du monde, rock, groove, métal, baroque et même transfrontaliers, sons de bières et de Battles de DJ,

Oublier le temps d’un soir d’autres sons de la rue, d’autres passants, pas si badauds que çà.

Je pense aux sons ténus des SDF, ceux qui assoient leur fatigue d’espoir devant les magasins,nous laissant juge de mettre ou non une pièce dans leur chapeau mou ou ex-boîte à sardines rouillée la pièce qui leur mettre un bout de nourriture dans la bouche.

Je pense surtout aux ombres discrètes qui trainent leur valises en s’excusant du bruit de leur roulette, ou glissent, sac au dos surmonté d’un sac de couchage roulé, le long des murs et des vitrines, vers des placettes oubliées, sous des frondaisons discrètes, vers des ruelles et des sentiers pavés dont les abords cacheront leur nuit à la belle, au bord des allées du Heyritz, là où les notes de musique meurent dans les feuilles vertes.

La RUE, celle qu’ont pris au joli mois de mai précédant, des étudiant.es, des travailleur.es, des citoyenn.es, manifestant contre les lois de félonie libérale qui cassent les services publics, livrent la SNCF à la spéculation libérale, l’université à la sélection et reduisent les conseiller.es d’orientation scolaire et professionnelle à n’être que des machines à nourrir des algorithmes de placement , de classement, d’élimination sans foi ni loi ni toit !!!

La rue,Je me souviens de celle que chantait dans les années 60, la Sheila légère du temps des copains et de mademoiselle Age tendre :

« Donne moi la main et prends la mienne, la RUE est à Nous, Que la joie vienne, la rue est à nous

La Rue, dont cette année 2018, les chantres mémoriels vous assènent les hauts faits de notre génération. Celle qui a pris la rue, en a enlévé les pavés, pour y trouver le sable, la plage, et ré-inventé la vie. Enfin essayé, et plutôt réussi dans la culture :

théatre de rue, tréteaux d’Alsace, le Bulican Rosineur, le street art, le jogging urbain, on the road again..

Et jeté des ponts, vers les Jenishs du Neuhof, les sans logis, les rapatriés d’Algérie, les réfugiés politiques du Chili, du Pérou, de Grèce, d’Afrique et d’Asie, et j’en oublie, Strasbourg ville ouverte alors comme aujourd’hui, à celles et ceux fuyant des régimes dictatoriaux. Nous avons participé à la contructions de nouveaux quartiers, sur les jardins-vergers, de la Meinau, sur les champs de maïs des Poteries, avec les habitant.es.

Et puis les temps ont changé.

Dans ces rues aujourd’hui, les arbres ont poussé mais la rue n’est plus qu’aux hommes, les filles se voilent et rasent les murs, marcher vite, se donner un air pressé,

La rue n’est plus aux copains-copines comme le chantait Sheila, sauf quelques autorisations, comme celle de la fête de la musique, la fête de voisins

La rue s’est bardée de dangers, de peurs, une peur irrationnelle depuis les attentats de 2015, qui retrace les contours des rues : les bornes montent dans les zones piétonnes, les grillages poussent le long des parcs, les blocs de béton délimitent les carrefours.

La rue appartient aux agents de sécurité, aux militaires en treillis, ces jeunes patrouilleuses et patrouilleuses, ( le féminisme et la mixité ont passé dans l’Armée) , qui sous leur uniforme sont missionnés par l’ETat et les citoyens.es de traquer un invisible ennemi,ici, à Strasbourg. La Rue, en état de guerre permanent, comme en Syrie ?

Cette Syrie, d’où nous arrivent des réfugié.es, qui faute de logis se tiennent dans les rues

Cette semaine aussi le mercredi 20 juin a été lancée pour la 3ème fois, la Journée Mondiale des Réfugié.es pour

accueillir, faire respecter les droits fondamentaux et accompagner dans leur demande d’asile les personnes réfugiées.

Parce la rue, c’est le lieu où s’exprime le vivre ensemble, l’espace public où les gens se rencontrent, se parlent, chantent, manifestent, protestent, réclament leurs droits, dont, comme dit la Cimade,

Le droit d’asile est le dernier des droits,  quand tous les autres ont été bafoués !

Et dont je dirais, en rebelle assumée, que c’est le premier de la solidarité humaine, celui qui permet les autres, liberté, égalité, adelphité

Quitte à descendre dans la rue pour le faire respecter et user de nos principes démocratiques.

Texte lu sur Radio Bienvenue Strasbourg, dans l’émission du conseil des Résident.es Etranger.es C.R.E.,  » De Strasbourg et d’ailleurs » le dimanche 26 juin 2018 (RBS 91.9 )

 

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